artiste autogéré

avant que tu ne disparaisses

 

Ecoute – Ecoute-moi – Ecoute-moi bien pour une fois. Prend juste un temps, tout petit temps, avant de disparaître. Prend-moi la main, que je te parle un peu plus bas pour une fois.

 

Appelle – Appelle – Donne, donne-moi du feu, des flammes, des charbons ardents et laisse-moi y danser pieds-nus. Regarde-moi. Garde tes fleurs et tes prières. Donne-moi une âme à posséder et à céder. Donne-moi des femmes abandonnées et du vin blanc. Donne-moi du temps. Prend juste un temps avant de disparaître.

 

Souviens-toi quand nos nuits s’observaient sans mot dire, quand nos jours s’effleuraient. Souviens-toi nos airs de ne pas y toucher, quand c’était sincère et tellement pudique. Dis-moi encore une fois qu’on revient toujours à nos premières amours et laisse-moi mentir, comme on sait si bien faire maintenant qu’on est grand.

 

Donne-moi du feu. Laisse-moi brûler mes quelques souvenirs. Forts comme l’absinthe bleue, ils ne feront pas longs, non, ils ne feront pas longs. Et j’en boirais une autre, coulant sur ta poitrine et puis dans tes cheveux, jusqu’à me réveiller.

 

Viens me ravitailler en ombres et en silences, en fantômes, en fantasmes que je ne poursuis plus. Va où tu dois, quand il sera temps, mais avant viens pour me ramasser, une huitième fois, avant de disparaître.

 

Laisse-moi m’enrouler autour de mes manies. Regarde-moi sans souci, sans envie, sans mérite. Juste comme ça, comme tu m’as vu naître. Sans peur, sans chagrin de trop et sans joie. Mais toi, pourras-tu devenir enfin autre chose, là-bas ? Deviner mon désir, ses cibles en cascades et ton corps dans tout ça ? Car tu auras un corps, n’est-ce pas ? Personne d’autre que toi. Tu auras un corps et tu me parleras, en vrai, en dur, à coup de corde vocale, d’atmosphère expirée. Pas en sentiments purs comme on a toujours fait. On y mettra du sang, de la chair et des odeurs obscures qu’on a toujours cachées. Et quand tu parleras, ta voix saura quoi faire, même pour la première fois.

 

Et je m’étendrai là, au milieu de la braise et je l’épouserai.

 

Ecoute – Ecoute-moi bien – Tu partiras demain.

 

Moi, ce soir, j’ai besoin d’être…

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